Carnivores sauvages [2] - La Fouine ou Martes foina.

La fouine est curieuse de tout, c'est là son plus vilain défaut, et ce qui la rend d'autant plus attachante !

fouine entre deux troncs d'arbre photo lothar lenz
En effet, cet animal s'ingénie à vivre près de nous, bien qu'on ne s'en aperçoive pas. C'est un commensal de nos greniers et remises, faisant ripaille de tous rongeurs et autres oeufs d'oiseaux. La fouine est ainsi faite : elle adore vivre dans l'entourage de l'homme.

Mais ne vous y méprenez pas, ce n'est pas tant notre compagnie qui l'intéresse, mais bien plutôt les ressources alimentaires et l'abri que peuvent lui fournir les constructions humaines.

C'est un animal délicat qui déteste la canicule, le gel, les inondations et la pluie. Pas question, comme sa cousine, la martre, de vivre à la dure en pleine forêt ! C'est beaucoup plus pratique d'élire domicile dans les confortables bâtiments agricoles souvent pleins de cachettes et de recoins. Elle y apprécie alors le confort tiède et la douceur des lieux, et peut s'y prélasser à loisir, d'autant que ces endroits sont infestés de rongeurs attirés par les débris végétaux et les graines, qui sont sa source de nourriture principale. C'est sans doute son origine méridionale qui provoque cet excès de langueur et cette tendance au moindre effort... Je plaisante, bien entendu...



Le problème, voyez-vous - et ce n'est pas faute d'avoir essayé de trouver des circonstances atténuantes au coupable - est que la fouine a justement tendance à aller au plus direct. Je veux parler bien sûr du poulailler. Aïe ! Je vous entends déjà dire : « quoi ? Mais ce n'est qu'un vulgaire nuisible ? »

Et bien oui, avouons-le sans détours : la fouine ne dédaigne pas de petites visites dans le poulailler, dans le meilleur des cas pour y gober les oeufs, mais souvent pour y faire de véritables carnages !

Ainsi, il arrive que le pauvre propriétaire dudit poulailler découvre au petit matin ses volailles refroidies et sanglantes. En général, aucune ne survit !
fouine martes foina
On a alors vite fait de qualifier la fouine de monstre sanguinaire, et c'est d'ailleurs ce comportement qui, probablement, est responsable de la mauvaise réputation des mustélidés dans son ensemble, même ceux qui sont beaucoup trop petits pour effectuer de pareils ravages, comme la belette ou l'hermine, mais aussi comme la martre, sa proche cousine qui pourtant ne quitte jamais les sombres profondeurs de la sylve.

Cependant, une mise au point s'impose...

Effectivement, la fouine est coupable de ravages dans les poulaillers. Mais, ainsi que l'ont montré les études comportementales, la frénésie de meurtre dont elle fait preuve en présence de volailles caquetantes n'est que la réaction instinctive à une agression, l'animal ne supportant pas l'agitation et le bruit causés par sa venue. De fait, il égorge tout ce qui bouge jusqu'à ce que revienne le calme. Dommage pour les poules... Cela dit, n'oublions pas que, comme tous ses cousins mustélidés, la fouine se nourrit en grande majorité de rongeurs, régulant ainsi les populations de rats et de souris qui, sans elle, seraient extrèmement nombreux dans les bâtiments agricoles, les granges et les hangars, et deviendraient un véritable fléau.

fouine martes foina

Dans le détail...

Sa longueur va de 40 à 54 centimètres et son poids se situe entre 1,1 et 2,3 kilogrammes, à peu près comme la martre. La fouine a une espérance de vie de trois ans, l'âge maximal en liberté étant de 10 ans. Élevée par des hommes, elle peut toutefois atteindre l'âge de 18 ans. La fouine (Martes foina) est très proche de la martre commune (Martes martes), à tel point qu'il est très difficile de les diférencier lors d'une simple observation. Pourtant, il ne s'agit pas de la même espèce, puisqu'elles ne sont pas interfécondes. Pour les reconnaître, suivez ce conseil : observez bien la forme du jabot blanc présent sur le poitrail : chez la martre, celui ci est en général plutôt jaunâtre, et non blanc comme chez la fouine. de plus, chez cette dernière, ce jabot est divisé en deux pointes, alors que la martre a un jabot pointu, comme un fanion de scout ! Cela est très visible sur les photos illustrant cet article.

Habitat...

La fouine se trouve dans toute l'eurasie. Elle occupe des milieux très variés, spécialement à la campagne (bois et vergers) mais, bien entendu aussi à proximité des habitations et jusque dans les villes. N'importe quel bâtiment suffisamment calme et riche en nourriture (rongeurs et autres) lui convient. Il est assez aisé de la surprendre lorsqu'elle a élu domicile dans une habitation; son activité nocturne est plutôt bruyante si vous avez le sommeil léger : vous pourrez alors l'observer facilement en vous mettant à l'affût.

Comportement...

La fouine est un animal solitaire. Elle évite ses congénères en dehors des périodes de reproduction. Elle marque son territoire avec des sécrétions odorantes et n'hésite pas à se battre avec d'autre fouines pour conserver son pré carré. Elle peut occuper un territoire de 12 à 210 hectares, cette surface variant en fonction du sexe, car les mâles occupent plus de place que les femelles. Le territoire se réduit aussi à la saison froide. La fouine vit essentiellement la nuit. C'est un prédateur à tendance opportuniste, carnivore essentiellement, mais qui peut se nourrir, selon les saisons, de petits mammifères, de fruits, d'oeufs, d'oiseaux ou de déchets trouvés près des habitations. Les produits végétaux (fruits et baies) constituent une part importante de son alimentation. Comme elle est facétieuse, elle aime s'attaquer aux circuits électriques des maisons et des voitures, ainsi qu'à l'isolation (polystyrène et laine de verre). Cela n'arrange pas sa réputation de "puant" et son classement dans les animaux "nuisibles", malgré les services qu'elle rend par ailleurs en régulant les populations de rongeurs. Elle était pourtant, à l’époque de la Rome antique, élevée pour capturer les souris et dératiser les habitations. Mais il est vrai qu'à cette époque le chat n'était pas là... La fouine fait partie de la famille des mustélidés, au même titre que la belette, le blaireau ou le putois, petits mammifères carnivores courts sur pattes et au corps souple et fin. Son odeur est forte, mais sans atteindre la puanteur du sconce américain bien connu des amateurs de dessins animés ! La femelle met bas une fois par an, en avril, bien que l'accouplement ait eu lieu durant l'été précédent (juin à août). Cette période de huit mois est due à la dormance, c'est à dire la période pendant laquelle la femelle garde l'oeuf fécondé en son sein sans que ne débute réellement la grossesse. La mère porte alors ses petits un mois. La portée de la fouine compte de deux à cinq petits qui naissent aveugles et nus. Ils ouvrent les yeux après un mois, sont sevrés après deux mois et sont indépendants à l'automne. La maturité sexuelle est atteinte entre 15 et 27 mois.
Photos : 1 - Lothar Lenz pferdefotoarchiv 2 - D.R. 3 - Antonio Vasquez

Article par Pierre-Olivier Templier

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Pour en savoir plus sur ce sujet, voir aussi :

la belette ou mustela nivalis - le plus petit carnivore sauvage
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