Argiopes frelons ou Argiope bruennichi et autres araignées à toile géométrique...

Cette belle araignée joue au frelon et dévore son mari !

araignée argiope dans sa toile
Les araignées sont de gentilles bêbêtes... quand on est pas trop amoureux ! Découvrons un peu ce qu'elles font dans leur toile... D'abord, une mise au point : en général, on a coutume de ranger les araignées dans les insectes, mais c'est faux. Les insectes ont six pattes, les araignées, huit. Si, si, regardez les : elles ont bien huit pattes.

L'argiope est une de nos plus belles araignées, l'une de celles qu'on remarque au premier coup d'?il. Et pour cause : elle a choisi de se déguiser en frelon.

Ce n'est pas très discret, mais cela remplit parfaitement son office... Et c'est une stratégie courante chez les animaux, à savoir celle qui consiste à être le moins discret possible, afin de bien faire comprendre aux éventuels prédateurs qu'on est soit toxique, soit venimeux, en tout cas très féroce. Cela s'appelle un "signal aposématique" (d'avertissement). L'argiope emploie dans ce cas précis une ruse de sioux : elle fait semblant d'être un frelon pour qu'un éventuel prédateur (oiseau insectivore) passe son chemin en craignant une piqure. Malin, non ? Ceci dit, il ne faut pas s'y frotter non plus... En effet, l'argioppe est bel et bien armée de crochets à venin appelés "chélicères", comme quoi, l'avertissement n'est pas gratuit !

araignée argiope mâle sur son stabilimentum
Nous allons commencer la visite par la toile, de style gothique... Faites attention au fils, ils sont collants ! L'argiope fait partie d'une famille d'araignées appelées "orbiculaires" car elles tissent des toiles spiralées, aériennes, très caractéristiques, avec une particularité propre à cette espèce : au centre de la toile se trouve une zone où les fils sont plus denses, et en zigzag. cette zone s'appelle le "stabilimentum", et diverses hypothèses ont cours à son sujet : stabiliser la toile, la rendre plus solide, la rendre plus visible afin qu'un oiseau complètement myope ne la traverse pas, camoufler la présence de l'araignée, ou même transmettre à l'araignée des signaux plus clairs sur la taille et la consistance des proies qui s'y empêtreraient. Le mystère reste toutefois entier...
Cette toile est pourtant conforme à toutes les toiles d'araignées, à savoir qu'elle est tissée avec des soies très collantes secrétées par des glandes situées dans l'abdomen de la bête. il faut préciser qu'à taille égale, le fil d'acier ou de kevlar est beaucoup moins résistant que le fil d'araignée. Quant à cette dernière, elle se balade tranquilement sur sa toile sans s'y coller le moins du monde. Mais comment fait-elle ? C'est très simple : ses pattes sont entièrement enduites d'une "cire" visible uniquement au microscope, qui neutralise le pouvoir collant des fils. Essayez donc de coller un morceau de ruban adhésif sur une bougie, vous allez vite comprendre où est la ruse...

sauterelle verte sur une fleur de chardon

À table !... Mais au fait, que mange-t-elle, au juste ?

Cette araignée est vorace, pour ne pas dire goulue ! Si certaines de ses cons?urs se contentent de mouches ou de moustiques maigrichons, celle-ci vise plus haut, et surtout plus gros. En effet son régime alimentaire est essentiellement constitué de gros criquets, de sauterelles, ou même d'abeilles, de guèpes ou... de frelons ! quelle traîtrise... L'histoire est un grand classique : la proie, d'un mouvement malheureux, se jette dans la toile et s'y retrouve engluée, ne cesse de gigoter, et prévient par la même occasion l'argiope de sa présence dans la toile. Heureusement qu'elle bouge, d'ailleurs, car cette araignée est complètement bigleuse, et même presque aveugle, et elle ne la verrait même pas si sa proie restait immobile. C'est d'ailleurs de cette façon que le mâle procède, à pas feutrés, pour l'approcher, mais nous verrons ça plus loin. La suite de l'histoire est plus connue : une fois sa proie repérée, l'argiope lui fonce dessus, l'assomme d'une piqure de ses puissants crochets à venins, l'emmaillote dans un cocon de soie, et direction le garde-manger !

araignée argiope emmaillote sa proie
La digestion est extra-orale, et provoquée par les sucs digestifs qui liquéfient littéralement la proie dans son cocon. Il n'y a plus qu'a aspirer le résidu, et hop ! A force de manger, me direz-vous, on finit par grossir. C'est exact, et c'est justement là un problème : le moment arrive fatalement, où, à force de grossir, l'argiope commence à se sentir à l'étroit dans sa propre peau, je veux dire sa carapace. Elle a donc besoin, périodiquement, de muer. Pour cela, elle s'immobilise au centre de sa toile, alors que tout est calme, car elle est à ce moment particulièrement vulnérable. Tout à coup, le dos de sa carapace se sépare en deux, et elle est littéralement éjectée de sa vieille peau, restant suspendue à celle-ci par un fil de soie. Ne reste plus qu'à sortir les pattes de ses huit pantalons, à laisser celles-ci durcir quelque temps, et c'est reparti pour de nouvelles aventures !

araignée argiope mâle les pattes en croix

Ah... L'amour !

Quand vient le temps des amours, il faut bien s'accoupler, mais comment faire avec une pareille furie ? Pauvre mâle, il est très amoureux, et tristement, très petit ! On voit sur cette photo qu'il ne fait pas le poids avc ses 8 mm de long, face à sa grosse bobonne qui peut mesurer jusqu'à 25 mm, et qu'il doit dépenser des trésors de ruse pour l'approcher. A pas de loup, il parvient quand même à lui monter sur le dos, et d'un coup de ses "pédipalpes", sortes d'appendices pourvus de bulbes terminés par des stylets, il pénètre la "spermathèque" de la femelle, c'est à dire la poche destinée à recevoir sa semence.
L'accouplement dure une trentaine de minutes, à la suite de quoi notre pauvre soupirant meurt foudroyé, restant accroché à la femelle, qui ne fait pas grands cas de cette "décoration" inattendue. La mort au cours de l'accouplement est caractéristique de cette espèce, mais rare dans le monde animal. la femelle n'a plus qu'à attendre que le sperme du mâle vienne féconder ses ?ufs, qu'elle garde en elle jusqu'à sa mort, ce qui explique que l'argiope puisse pondre plusieurs fois dans l'année.

soie papyracée d'araignée argiope

Mais d'ailleurs, où diable pond-t-elle, avec sa tête en bas ?

Bonne question ! C'est qu'il ne faudrait pas disperser à tous les vents sa précieuse progéniture, ou la déverser au sol sans autre forme de procès. L'argiope est peut-être vache en amour, mais elle est bonne mère ! Elle va donc fabriquer une petite maison à ses futurs petits, sous la forme d'un cocon de fils de soie. Ce cocon, très résistant, visible ci-contre, d'un diamètre d'environ 3 cm, va prendre la forme d'une mongolfière. On l'appelle "soie papyracée". Elle va le suspendre à sa toile puis va déposer jusqu'à 1400 ?ufs à l'intérieur, afin qu'ils disposent d'un refuge, tant au stade "oeuf" que lorsqu'ils auront éclos.
Les petites argiopes sont identiques à l'adulte, excepté par la taille, car les araignées, au contraire des coléoptères par exemple, ne passent pas par des stades successifs de croissance (larve, nymphe, imago...) Plus tard, la femelle se débarassera du mâle toujours accroché à son dos en le liquéfiant, comme elle le fait pour ses proies, à l'aide de ses puissants sucs digestifs. Puis elle le dévorera : il n'y a pas de petits profits ! Une des particularités de l'argiope est sa manie de replier ses pattes par groupes de deux, le plus souvent les deux paires avant, mais quelquefois aussi les deux paires arrières. Cela lui donne la forme d'un "X". Elle adopte ce comportement sans doute pour être moins reconnaissable.

Vous pourrez trouver l'argiope dans des biotopes ensoleillés et chauds, comme les fossés, les bords des champs, les terrains vagues, les talus ou les jardins. Au printemps et en été ses toiles ornées d'un zigzag central sont reconnaissables entre mille. Elle est courante, en expansion depuis quelques temps, et est visible dans toute la france. Vous pourrez sans difficulté l'observer ou même la photographier de très près, car sa myopie la rend peu farouche.


photos de l'auteur et D.R.Bibiographie
Les Araignées - Yves Masiac - De Vecchi ed.
Araignées à Toiles géométriques - La hulotte 73 & 74


Article par Pierre-Olivier Templier

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Pour en savoir plus sur ce sujet, voir aussi :

Imitation et mimétisme dans le monde des insectes, deuxieme partie : la coloration leure et le mimét comment les araignées tissent leurs toiles Imitation et mimétisme dans le monde des insectes premiere partie : la technique du camouflage. Comment les insectes comme les carabes résistent au froid et au gel de l'hiver ? Biologie des carabes de france - de l'oeuf à l'insecte parfait en passant par la larve et la nymphe. comportement alimentaire des coléoptères carabes ou carabus. Le scarabée sacré ou Scarabaeus sacer, un rouleur de boule amateur de crottin.
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